rien à dire
est-ce à dire qu'il n'y a rien?
non
simplement
il n'y a rien qui se puisse dire
et à quoi bon dire que rien ne se peut dire?
sinon en parlant pour ne rien dire
mais ne rien dire est-il pareil à dire "rien"?
et si l'on dit "rien"
ne dit-on pas quelque chose?
retour
dans leurs terriers campagnards
rattrapés par la ville et l'asphalte
encastrés de force dans un nouveau décor
l'oreille écorchée par le cri inhumain des motards
ils tentent encore
d'y croire

à la caresse du vent sur la bruyère
au bal nuptial des éphémères

à la forêt
à la cathédrale mythique
où les seuls bruits sont ceux qui participent du silence

où l'on ne dérange que furtivement la fougère
où l'on se couche sous l'oeil gourmand du renard
et respire au rythme des nuages

ils tentent encore de se souvenir
et leur regard s'embue
glissant au fil des rues

oh vaches
qui lentement paissant
s'en vont pensant
plaies et peines
vachement
tristes
il me plait de vous voir
ainsi vaguant au pré
de vagues paysages
et de dieu sait où
mais du fond du fond qui sait tout
m’apparaît cette vacherie
la vie
ton ostéoporose
mon dieu, c'est délicat
rimerait avec ménopause
mais ce n'est pas le cas
ne soyons pas moroses
oublions ces tracas
plutôt un lit de roses
et non de formica
à celle qui repose
tel en pot un yucca
rimer encore je n'ose
sans redoubler le "ca" !

c'est la clepsydre qui plique plique ploque
c'est l'horloge du ciel qui tique tique taque
il pleut
goutte à goutte
méthodiquement
avec application
plique plique ploque
il pleut
inexorablement
et le temps s'étire et ralentit et plaque
et les lemmings baillent
de solitude et d'ennui
tique tique tique taque
et les arbres sourient qui savent bien qu'inéluctablement
au delà du temps
encore et encore
la vie
pliquetique pliquetique pliquetiquera

c'est bien la nuit !
ça cache tout
ça noie tout
sauf
le pas lourd sur l'asphalte détrempée
sauf le reflet de la lune dans les flaques
que la bise fait frissonner
grosse fesse molle
dans le noir
je me marre
je ne devrais pas
la poésie fout le camp !